Comment savoir si je me mens à moi-même ?

Vous avez cette sensation étrange : quelque chose cloche, mais vous n’arrivez pas à mettre le doigt dessus. Vous continuez votre vie, vous souriez, vous fonctionnez… mais une petite voix intérieure insiste. « Et si tu te mentais ? » « Et si tout ceci n’était qu’une illusion confortable ? »
Cette question — « Est-ce que je me mens à moi-même ? » — est l’une des plus difficiles à poser. Parce qu’y répondre honnêtement, c’est risquer de tout remettre en question. Votre couple. Votre travail. L’image que vous avez de vous-même.
Dans cet article, nous allons explorer cette mécanique du mensonge à soi. Non pas pour vous culpabiliser, mais pour vous donner des repères. Nous répondrons à trois questions essentielles :
- Pourquoi on se ment à soi-même ?
- Comment reconnaître qu’on se ment ?
- Que faire quand on découvre qu’on se ment ?
Pour illustrer ce passage, je vais m’appuyer sur le mythe de Psyché et la lampe. L’histoire d’une femme qui vivait dans un palais somptueux avec un époux qu’elle ne voyait jamais. Elle avait accepté une seule règle : ne jamais allumer la lumière. Jusqu’au jour où elle a osé regarder.
Ce mythe ancien raconte précisément ce moment où l’on décide de sortir du mensonge. Et ce qu’il en coûte.
Pourquoi on se ment à soi-même ?
Se mentir à soi-même n’est pas un défaut de caractère. C’est un mécanisme de protection psychologique que nous activons tous, à des degrés divers, pour préserver notre équilibre intérieur.
Le mensonge comme refuge
Quand la vérité fait trop mal, le cerveau préfère construire une version plus supportable de la réalité. C’est ce qu’on appelle le déni. Vous savez, au fond, que cette relation ne vous nourrit plus. Mais admettre cette vérité signifierait peut-être devoir partir, reconstruire, affronter la solitude. Alors vous vous dites : « Ce n’est pas si grave. Ça va s’arranger. Tous les couples traversent des phases difficiles. »
Ce mensonge n’est pas conscient. Il opère en arrière-plan, comme un filtre qui adoucit les angles trop tranchants de votre réalité.
Le confort de l’illusion
Dans le mythe de Psyché, le palais représente ce paradis inconscient. Tout y est parfait : la nourriture apparaît, la musique joue, l’époux vient chaque nuit. Psyché ne manque de rien… tant qu’elle garde les yeux fermés.
C’est exactement ce que fait le mensonge à soi : il maintient un confort apparent. Vous pouvez continuer à croire que vous êtes heureux, que vous êtes sur la bonne voie, que tout va bien. Tant que vous ne regardez pas de trop près.
Les trois mensonges les plus fréquents
Voici les trois formes de mensonge à soi les plus courantes que j’observe dans mon accompagnement :
Le mensonge relationnel : « Je l’aime encore », alors que l’amour s’est transformé en habitude ou en peur de la solitude.
Le mensonge professionnel : « Ce travail me convient », alors que vous vous levez chaque matin avec une boule au ventre.
Le mensonge identitaire : « Je suis quelqu’un de fort », alors que vous vous effondrez en silence dès que vous êtes seul.
Ces mensonges ne sont pas des trahisons. Ce sont des boucliers. Mais avec le temps, ils deviennent des prisons.
Comment reconnaître qu’on se ment ?
Le mensonge à soi est subtil. Il ne crie pas. Il murmure. Voici les signaux qui indiquent que vous êtes peut-être dans le déni.
Signal 1 : Le doute qui insiste
Ce n’est pas une panique soudaine. C’est une petite voix calme qui revient, encore et encore. « Quelque chose ne va pas. » Elle ne crie pas. Elle attend, patiente, que vous la regardiez.
Dans le mythe, les sœurs de Psyché viennent planter ce doute : « Si tu ne le vois pas, c’est peut-être un monstre. » Vos sœurs intérieures — ces voix de lucidité — vous disent la même chose. « Et si tu vivais un mensonge ? »
Comment faire la différence entre le doute légitime et la peur paranoïaque ?
| Doute empoisonné (peur) | Doute légitime (lucidité) |
|---|---|
| Votre corps se contracte dans la panique | Votre corps reste calme mais ferme |
| Vous imaginez le pire sans raison | Vous observez des faits concrets |
| Vous voulez tout casser par angoisse | Vous cherchez à comprendre |
| C’est soudain et violent | C’est insistant et posé |
Le doute légitime ne vous agresse pas. Il attend que vous soyez prêt à le regarder.
Signal 2 : Les justifications automatiques
Chaque fois que quelqu’un — un ami, un thérapeute, un collègue — vous pose une question directe sur votre vie, vous répondez par une justification. « Oui mais… », « C’est compliqué… », « Tu ne peux pas comprendre… »
Ces phrases ne sont pas des explications. Ce sont des murs de protection. Elles maintiennent la vérité à distance.
Posez-vous cette question : Combien de fois par semaine est-ce que je dis « Oui mais… » quand on me parle de ma situation ?
Si la réponse est « souvent », c’est un signal.
Signal 3 : L’écart entre ce que vous dites et ce que vous ressentez
Vous dites : « Je suis heureux. »
Votre corps dit : fatigue chronique, tensions dans les épaules, sommeil perturbé, envie de pleurer sans raison apparente.
Le corps ne ment pas. Il enregistre ce que la conscience refuse de voir.
Psyché vivait dans un palais somptueux, mais elle ne voyait jamais son époux. L’apparence était parfaite. Mais quelque chose manquait : la vérité.
Signal 4 : Vous évitez certaines questions
Il y a des questions que vous ne vous posez jamais. Ou que vous formulez… puis évitez de répondre.
« Est-ce que je suis encore amoureux ? »
« Est-ce que ce travail me correspond vraiment ? »
« Est-ce que je me respecte dans cette relation ? »
Vous savez que ces questions existent. Mais vous les laissez dans le noir. Parce que les réponses pourraient tout changer.
Exercice simple : Notez la question que vous évitez le plus. Celle qui vous fait peur rien qu’à l’écrire. C’est souvent celle-là qui révèle le mensonge.
Que faire quand on découvre qu’on se ment ?
Vous avez identifié le mensonge. Vous savez maintenant que vous vous racontez une histoire qui ne tient plus. Et maintenant ?
Étape 1 : Accepter que la vérité fait mal
Psyché allume la lampe. Elle voit Éros — la vérité magnifique qu’on lui avait cachée. Mais une goutte d’huile brûlante tombe sur son épaule. Il se réveille et s’envole. Le palais s’effondre.
Voici ce que ce symbole vous dit : quand vous sortez du déni, vous perdez le confort de l’illusion.
Si vous regardez la vérité dans votre couple, peut-être que vous devrez partir.
Si vous regardez la vérité dans votre travail, peut-être que vous devrez tout reconstruire.
Si vous regardez la vérité en vous, peut-être que vous devrez abandonner l’image que vous aviez de vous-même.
C’est ça, la goutte d’huile. La vérité brûle. Mais elle ne détruit pas ce que vous êtes vraiment. Elle détruit ce que vous croyiez être.
Étape 2 : Ne pas précipiter l’action
Vous venez de découvrir que vous vous mentiez. Votre premier réflexe pourrait être de tout casser : quitter votre conjoint, démissionner, couper les ponts.
Ne le faites pas immédiatement.
La lucidité est une chose. L’action juste en est une autre.
Après avoir allumé la lampe, Psyché doit traverser quatre épreuves impossibles avant de reconquérir Éros. Ce mythe vous dit : il y a un temps entre la prise de conscience et la transformation complète.
Ce que vous pouvez faire dans ce temps :
- Nommer la vérité (à vous-même, dans un carnet, ou à une personne de confiance)
- Observer sans agir (notez ce qui se passe en vous pendant 7 à 14 jours)
- Poser des petites actions (pas des révolutions, des ajustements)
Par exemple :
- Si vous vous mentez sur votre couple : commencez par dire une vérité difficile à votre partenaire (« Je ne me sens pas écouté »)
- Si vous vous mentez sur votre travail : explorez d’autres possibilités sans démissionner tout de suite
- Si vous vous mentez sur vous-même : arrêtez une habitude qui vous trahit (dire oui quand vous pensez non)
Étape 3 : Traverser les épreuves
Psyché doit accomplir quatre épreuves après l’effondrement du palais. Voici leur traduction pour votre vie :
Épreuve 1 : Trier les graines
Faire le tri dans le chaos de vos pensées. Qu’est-ce qui est à vous ? Qu’est-ce qui vient des attentes des autres ?
Épreuve 2 : Récolter la toison d’or
Récupérer votre puissance sans violence. Ne pas détruire ce qui était, mais récupérer ce qui vous appartient.
Épreuve 3 : Remplir la fiole d’eau du Styx
Descendre dans votre ombre. Regarder ce que vous n’avez jamais osé regarder en vous.
Épreuve 4 : Affronter Perséphone
Accepter que cette transformation change qui vous êtes. Lâcher l’ancienne version de vous-même.
Ces épreuves ne sont pas linéaires. Elles se chevauchent. Certaines reviennent plusieurs fois. C’est normal.
Étape 4 : Accepter que vous allez peut-être tomber
À la quatrième épreuve, Psyché ouvre une boîte qu’elle devait garder fermée. Elle tombe dans un sommeil comme la mort.
Ce passage vous dit : il se peut que vous vous effondriez.
Il se peut que, après avoir allumé la lampe, vous traversiez une phase où vous ne savez plus qui vous êtes. Où tout semble s’écrouler. Où vous avez l’impression de mourir.
C’est normal. Ce n’est pas un échec. C’est une étape.
La renaissance viendra. Pas parce que quelqu’un vous sauvera. Mais parce que vous aurez traversé.
FAQ — Vos questions sur le mensonge à soi
Est-ce grave de se mentir à soi-même ?
Se mentir à soi-même n’est pas « grave » au sens moral. C’est un mécanisme de protection que nous activons tous pour maintenir notre équilibre psychologique. Le problème survient quand ce mensonge dure trop longtemps. Avec le temps, le déni crée un écart entre qui vous êtes vraiment et la vie que vous menez. Cet écart génère de la souffrance : fatigue chronique, sentiment de vide, impression de passer à côté de votre vie. Sortir du mensonge n’est pas une urgence médicale, mais c’est un passage initiatique nécessaire pour retrouver votre souveraineté.
Comment arrêter de fuir la réalité ?
Vous ne pouvez pas « arrêter » de fuir par un effort de volonté. La fuite est un réflexe de survie. Ce qui fonctionne, c’est de créer un espace sécurisant où regarder devient possible. Commencez par noter une vérité par jour dans un carnet, sans jugement. Parlez à une personne de confiance (ami, thérapeute) qui ne vous jugera pas. Avancez par petits pas : vous n’êtes pas obligé de tout regarder d’un coup. Le mythe de Psyché montre qu’allumer la lampe est un acte de courage, pas de brutalité. Respectez votre rythme. Si vous sentez que regarder la vérité vous met en danger (pensées suicidaires, effondrement psychologique), consultez un professionnel.
Combien de temps pour sortir du déni ?
Il n’y a pas de durée universelle. Certains sortent du déni en quelques semaines après un événement déclencheur (rupture, maladie, perte). D’autres mettent des mois, voire des années, à traverser toutes les phases. Ce qui compte, ce n’est pas la vitesse, c’est la direction. Vous saurez que vous sortez vraiment du déni quand vous arrêtez de vous justifier automatiquement, quand vous pouvez nommer votre vérité sans vous effondrer, et quand vous commencez à poser des actions alignées avec cette vérité (même petites). Le mythe de Psyché montre quatre épreuves successives : cela prend du temps. Donnez-vous ce temps.
Faut-il tout remettre en question ?
Non. Sortir du mensonge ne signifie pas tout détruire. Psyché perd son palais, mais elle reconquiert Éros consciemment à la fin. Certaines choses dans votre vie sont peut-être vraies et solides. D’autres sont des illusions à lâcher. Le travail consiste à discerner. Posez-vous cette question pour chaque domaine de votre vie : « Est-ce que ceci me nourrit vraiment, ou est-ce que je m’y accroche par peur ? » Si la réponse est « peur », il y a un mensonge. Si la réponse est « oui, cela me nourrit », gardez-le. Vous ne remettez pas tout en question. Vous faites le tri.
Que faire si mon entourage nie ma vérité ?
Quand vous sortez du déni, votre entourage peut résister. Parce que votre lucidité les confronte à leur propre mensonge. Ou parce qu’ils ont peur pour vous. Leur inquiétude est légitime. Mais elle ne doit pas vous empêcher de regarder. Voici ce que vous pouvez faire : écoutez leurs préoccupations sans les rejeter (« Je comprends que tu aies peur »), mais maintenez votre cap (« J’ai besoin de regarder cette vérité »). Ne les coupez pas. Mais ne leur donnez pas le pouvoir de remettre la lampe dans le noir. Si nécessaire, parlez à des personnes qui ont déjà traversé ce passage et qui ne vous jugeront pas.
Conclusion : La lampe que vous seul pouvez allumer
Personne ne peut allumer la lampe à votre place.
Ni votre thérapeute, ni vos amis, ni un mythe ancien. C’est votre main qui doit approcher la flamme du visage endormi. C’est votre courage qui doit affronter ce que vous allez voir.
Mais voici ce que le mythe de Psyché vous promet : ce que vous craignez de voir n’est pas toujours un monstre. Parfois, c’est votre vérité. Parfois, c’est votre puissance que vous aviez peur de reconnaître.
Oui, la vérité fait mal. Oui, le palais va s’effondrer. Oui, vous allez devoir traverser des épreuves.
Mais à la fin, vous serez souverain. Les yeux ouverts. Conscient.
Je vous donne les clés. À vous d’ouvrir les portes.
Pour aller plus loin
Si vous cherchez à identifier les mécanismes psychologiques qui vous retiennent dans le déni, je vous invite à télécharger le guide gratuit « Les 12 Archétypes de votre Personnalité ».
Ce document propose une grille de lecture pour comprendre les archétypes dominants, ceux qui sabotent, et ceux qui restent endormis.
Il ne promet pas une transformation immédiate, mais offre une carte claire pour engager un travail de conscience dans la durée.
Ce contenu existe aussi en version vidéo.
Si vous préférez l’écoute, cette exploration est disponible sur YouTube, dans une capsule consacrée au mythe de Psyché et à la question du mensonge à soi.


